Aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours sentie différente. Mais aujourd'hui, comme cela m'arrive parfois, je ne le supporte plus. De ce que j'ai pu en comprendre, ce n'est pas que les gens ne m'aiment pas. Ils me supportent, ils me tolèrent, ils m'acceptent comme un membre un peu additionnel au groupe, mais ne me comprennent pas. Je suis un mystère, quelqu'un d'un peu inquiétant, auquel, finalement, on n'ose ni ne souhaite se frotter. Instable, mouvante, multiple. Je ne rentre pas dans une case, et cela a quelque chose d'effrayant. Depuis la petite fille "spéciale", je n'ai pas beaucoup changé, j'ai juste appris à camoufler, si bien qu'aujourd'hui, je suis transparente. Et ça me pèse. Ca me pèse que les gens ne cherchent pas à creuser, alors que ma personnalité multiple pourrait être une source de connivence avec nombre de personnes. Ca me pèse de m'attacher aux gens plus que de raison (alors que je suis incapable, devant eux, d'aligner trois mots) et qu'eux me considèrent un peu comme un meuble. Ca me pèse de ne jamais vraiment intégrer un groupe. Ca me pèse de me faire gentiment remercier lorsque je cherche du travail parce que mon profil intrigue, parce qu'on n'arrive pas à me cerner. Je suis fidèle, douce, aimante, ouverte, empathique, passionnée. Je ne suis ni dépressive, ni schizophrène, ni pédante. Juste différente. Pourquoi ne le voyez-vous pas ? Ca me pèse que des gens qui se disent ouverts, tolérants, qui parfois se battent contre toutes formes de discriminations, nous mettent, moi et les "gens comme moi", de côté parce que nous sommes étranges, différents, insaisissables, jusqu'à parfois en dégoûter les gens qui nous entourent. Aujourd'hui, je m'interroge, sur ce que je dois faire, sur ce que j'aurais dû être, sur comment vous paraître, à tous, normale, ou tout simplement aimable. Il y a un fossé entre ce que je suis profondément et ce qu'on voudrait que je sois. Je me suis dit que c'était ma faute, j'ai essayé de changer. On m'a dit de travailler sur moi, que c'était à moi de me conformer au monde, et pas l'inverse. Mais je n'y arrive plus. L'autre jour, j'ai lu que les "gens comme moi" devaient énoncer clairement la réaction que nous attendions des autres, et éviter les périphrases et les sous-entendus. Jouer carte sur table. Alors je joue carte sur table : ceci n'est pas un appel au secours. En revanche, c'est un appel à l'aide.
Nous on le voit ! a&l
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