lundi 27 juin 2016

Regrets.

Aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours sentie différente. Mais aujourd'hui, comme cela m'arrive parfois, je ne le supporte plus. De ce que j'ai pu en comprendre, ce n'est pas que les gens ne m'aiment pas. Ils me supportent, ils me tolèrent, ils m'acceptent comme un membre un peu additionnel au groupe, mais ne me comprennent pas. Je suis un mystère, quelqu'un d'un peu inquiétant, auquel, finalement, on n'ose ni ne souhaite se frotter. Instable, mouvante, multiple. Je ne rentre pas dans une case, et cela a quelque chose d'effrayant. Depuis la petite fille "spéciale", je n'ai pas beaucoup changé, j'ai juste appris à camoufler, si bien qu'aujourd'hui, je suis transparente. Et ça me pèse. Ca me pèse que les gens ne cherchent pas à creuser, alors que ma personnalité multiple pourrait être une source de connivence avec nombre de personnes. Ca me pèse de m'attacher aux gens plus que de raison (alors que je suis incapable, devant eux, d'aligner trois mots) et qu'eux me considèrent un peu comme un meuble. Ca me pèse de ne jamais vraiment intégrer un groupe. Ca me pèse de me faire gentiment remercier lorsque je cherche du travail parce que mon profil intrigue, parce qu'on n'arrive pas à me cerner. Je suis fidèle, douce, aimante, ouverte, empathique, passionnée. Je ne suis ni dépressive, ni schizophrène, ni pédante. Juste différente. Pourquoi ne le voyez-vous pas ? Ca me pèse que des gens qui se disent ouverts, tolérants, qui parfois se battent contre toutes formes de discriminations, nous mettent, moi et les "gens comme moi", de côté parce que nous sommes étranges, différents, insaisissables, jusqu'à parfois en dégoûter les gens qui nous entourent. Aujourd'hui, je m'interroge, sur ce que je dois faire, sur ce que j'aurais dû être, sur comment vous paraître, à tous, normale, ou tout simplement aimable. Il y a un fossé entre ce que je suis profondément et ce qu'on voudrait que je sois. Je me suis dit que c'était ma faute, j'ai essayé de changer. On m'a dit de travailler sur moi, que c'était à moi de me conformer au monde, et pas l'inverse. Mais je n'y arrive plus. L'autre jour, j'ai lu que les "gens comme moi" devaient énoncer clairement la réaction que nous attendions des autres, et éviter les périphrases et les sous-entendus. Jouer carte sur table. Alors je joue carte sur table : ceci n'est pas un appel au secours. En revanche, c'est un appel à l'aide.

mardi 24 mai 2016

Protéiforme



Je suis Agathe, je suis Gat, je suis Kwyngat. Je suis aussi E., C., L. Autant de prénoms que d’identités, d’identités que de personnalités. Je suis l’hypersensible, la violence et la douceur dans un seul corps. L’intello qui n’arrive plus à lire, l’artiste qui ne touche plus un crayon, la styliste qui ne crée plus, la sportive en mille morceaux. Je suis la petite fille,  l’enfant, je joue à la femme, à la prof, je suis une autorité toute relative. Je fus la préparationnaire, l’aspirante à science po, la littéraire. J’ai tout testé, tout arrêté. Je réussis, mais j’échoue. J’ai fait du dessin, de la poterie, du cirque, de la gym, du hip hop, de la course, de l’escalade, du yoga, de la natation, de la peinture, de la zumba, et tant d’autres choses … Je devais faire S, j’avais envie de faire L, j’avais le profil pour faire ES, j’aurais peut-être dû partir en art appliqué. J’ai écrit, j’ai dessiné, j’ai écouté tous les styles de musiques. Quoi, tu t’habilles en noir et tu n’écoutes pas que du métal ?? J’ai eu tous les looks, ou aucun en même temps. J’ai eu toutes les coupes de cheveux, toutes les couleurs, sans jamais m’arrêter réellement sur l’une d’entre elles. J’ai voulu faire tous les métiers du monde, et je ne sais plus quoi faire aujourd’hui. Je m’intéresse à tout, je ne suis experte en rien. J’ai 10 000 modèles, 10 000 inspirations, 10 000 univers, 10 000 idéaux. Je n’ai jamais pu intégrer une tribu, un groupe social quelconque. Trop passionnée, pas assez passionnée. Je ne trouve ma place nulle part, et nul ne considère que je puisse vraiment avoir une place quelque part. Qui es-tu ?  Que veux-tu devenir ? Tu dois choisir.  Dans l’enseignement ou dans la mode ? Les grands ou les petits ? Dans les tendances ou la créa ? Homme ou femme ? Créateur ou Sport ? Sportswear ou Activewear ? Tout en même temps ? Pile ou Face ? Noir ou Blanc ? Fille ou garçon ? Tu n’as pas le profil. Tu n’as pas ta place.
Et bien , je la créerai. 

mercredi 2 mars 2016

Intolérante et heuseuse



Hi there

Je fais mon grand retour ici après une longue (très très très longue) absence. Je voulais aujourd'hui vous parler de la façon dont je vis mes intolérances alimentaires, vous montrer qu'on peut vivre ça comme une nouvelle expérience et comme quelque chose de très positif ! 


*

Junkfood et maux de ventre


Un petit point tout d’abord sur ma situation avant la découverte de mes intolérances. Depuis que je suis toute petite, j’ai des difficultés avec les fruits et les légumes. Je ne sais pas trop d’où ça vient, mais c’est comme ça. Pendant très longtemps, je n’en ai mangé quasi aucun, n’en admettant que certains et que sous certaines formes (soupes, compotes, et smoothie, tout ce qui enlève cette horrible texture aux fruits et légumes, par exemple). Malgré de nombreuses tentatives de la part de ma famille et des dames de la cantine, rien n’y faisait. Je me nourrissais donc essentiellement de féculent (majoritairement de pâtes), de viandes et des produits laitiers, avec quelques gâteaux et pâtisseries de temps en temps. En bref, pas ce qu’il y a de plus équilibré au monde. J’ai la chance (ou la malchance, ça dépend des points de vue) comme je l'ai déjà dit, d’être plutôt très mince et de ne pas prendre de poids malgré la malbouffe. Du coup, je ne me suis jamais remise en question. 

Puis sont venus les maux de ventre. Sans en être à me tordre de douleur, cela devenait assez gênant pour qu’on s’en inquiète et que je rencontre plusieurs spécialistes, avec pour seule conclusion « c’est le stress ».  Quelques années plus tard, hasard des pérégrinations familiales, j’ai fait les tests sanguins pour déceler les allergies et intolérances. Quelques jours plus tard est tombé le bilan : intolérance forte aux œufs, au gluten et au lactose. 

 Difficultés et transformation


Il faut savoir que quand on est intolérant, à un certain niveau, le seul moyen de faire baisser l’intolérance et d’en amenuiser les conséquences, c’est de supprimer complétement la substance à laquelle on est intolérant pendant une période assez longue, avant de (doucement) réintroduire. Le début de mon nouveau régime alimentaire a été un peu compliqué. Je devais opérer un changement radical en supprimant ce qui constituait en clair les ¾ de mon alimentation. Je suis donc allée faire un tour au rayon diététique du supermarché le plus proche (c’était juste avant la mise en place des rayons « sans » dans les magasins.) et j’ai essayé de manger la même chose, mais en substituant les produits problématiques (par exemple, des pâtes à la carbonara avec de la crème de soja et des pâtes sans gluten). J’ai été, comme tout le monde, surprise par les prix élevés. La chance que j’ai eu, en revanche, c’est que la plupart des produits sans gluten (les biscuits par exemple) contiennent des œufs, ce qui a limité mes dépenses. J’ai donc continué à manger mal, mais sans gluten, sans lait, et sans œufs. N’ayant pas le temps de cuisiner à cause d’études très prenante, je ne mangeais que rarement des pâtisseries, et souvent c’était ma mère qui les confectionnait (et qui continue, ses cookies sont juste une tuerie.) J’ai tenu comme ça pendant un peu moins de deux ans.  J’ai perdu un ou deux kilos, je les ai repris, bref pour ceux qui s’imaginent que je fais ça en raison de mon poids, ça aurait été un peu foireux comme technique. 

En revanche, les autres effets sur mon corps ont été rapides et surprenant : Plus de maux de ventre, moins d’acné, plus d’énergie, moins de saute d’humeur, et surtout, un sommeil beaucoup plus réparateur. Chose incroyable pour quelqu’un comme moi qui a toujours été plus ou moins insomniaque.  Bref, je ne suis pas médecin mais il me semble difficile que tous ces changements interviennent rapidement et simultanément grâce au hasard ou à un quelconque effet placebo. 

Intolérance(s)


Mais ce qui est le plus difficile à gérer pour ma part, c’est la réaction des gens.  Si ma famille et mes amis proches ont été parfaits (as usual), il n’en a pas toujours été de même avec  mon entourage plus indirect. J’ai dû maintes fois me justifier sur mon régime alimentaire, à cause de plusieurs types de réaction : 

-         * Les remarques sur mon poids. Oui parce que les gens s’imaginent que je fais un régime pour perdre du poids.  Donc je suppose que c’est pareil pour ceux qui font un régime sans sel ou ceux qui sont allergiques aux crustacés hein. Du coup, par facilité, j’ai parfois dit que j’étais allergique. 

-       *Les questions « pièges », de la part de gens qui pensent que gluten = junkfood.  « mais tu vois bien que tu manges du gluten, vu que tu manges des frites ». 

-      *Ceux qui pensent que tu fais ça pour te distinguer, te rendre intéressante, suivre un mode. Ceux là peuvent parfois être les mêmes que les précédents. 

-       *  Les grands protecteurs des traditions « Quooa ? un brownie sans gluten et vegan ? Mais ça n’a plus rien d’un brownie, pourquoi lui donner ce nom ?? » et qui, eux, mangent des produits industriels bourrés de conservateurs.  

Petit message à ces personnes : Si manger autrement n’est pas toujours facile, c’est surtout à cause de vous. Au pire, si vous jugez qu’on se complique trop la vie et qu’on est des pigeons du marketing, si vous refusez de voir le côté éthique ou médical de la chose, libre à vous, mais partager votre opinion n’est pas nécessaire et ne changera finalement pas grand-chose. Les intolérances alimentaires, selon leur importance et les personnes qu’elles touchent, peuvent aboutir à des réactions aussi variées que l’acné, les maux de ventre, la dépression, l’asthme ou encore le cancer des intestins. Mais aussi,  comme vous le constatez, à des débats, plus ou moins stériles. J’ai bien conscience que bien souvent, les gens n’ont pas de mauvaises intentions : Soit ils sont mal informés, soit ils sont heurtés dans leur propre mode de vie, soit ils s’inquiètent réellement. Mais je ne vais pas m’empoisonner parce que vous avez décidé que je suivais juste une mode. 

Ouverture d’esprit et perspectives


Outre les résultats plus que satisfaisants sur ma santé, les intolérances m’ont forcée à me renseigner et à consommer autrement. De blogs en bouquins, de bouquins en blogs, j’ai découvert que le mode de vie vegan (ou du moins végé) est moins inaccessible que je ne le pensais, et surtout plein de perspectives. C’est l’opportunité de découvrir de nouveaux produits, de nouvelles saveurs, de consommer autrement, d’être en accord avec sa santé et surtout avec ses valeurs. Contrairement à ce que l’on peut penser, ces régimes particuliers ne sont pas nécessairement très chers. Oui, les farines adaptées et les aliments de remplacement sont toujours un peu plus cher que les farines de base, mais on n’est pas obligé de les utiliser à tout va. Les produits « sans » et « faux »  sont surtout un bon moyen de transition, pour celui qui, comme moi, doit changer de régime alimentaire du tout au tout assez rapidement. Par exemple, certains nouveaux vegan vont avoir besoin de faux-mage pour réussir à ne pas craquer, comme j’ai parfois besoin d’acheter des pâtes sans gluten. Mais finalement, on apprend surtout à manger autrement, à faire ses propres gâteaux, à trouver ses propres astuces. Alors bien sûr, ça prend un peu plus de temps pour trouver les bonnes textures, les bons équilibres, mais aujourd’hui je n’ai pas l’impression d’être privée de quelque chose et je ressens assez rarement de la frustration face à un aliment. Plus généralement, cela m’a fait me renseigner sur les produits d’entretient, sur les cosmétiques, sur tout un tas de choses simples que l’on peut faire au quotidien avec des produits naturels et souvent multi-usage, pour consommer moins et mieux. 

Alors qu’en est-il de moi aujourd’hui ? Je me suis progressivement mise aux légumineuses, puis aux fruits, puis aux légumes. Si je ne mange toujours pas de tout (j’ai encore du mal avec les légumes vert et tout ce qui est cru, problèmes de synesthésies toujours pas résolus), je progresse dans ce sens petit à petit, en camouflant un peu les aliments comme on le ferait avec un bébé. Je ne mange quasiment plus de gluten, bien que mon seuil de tolérance aie bien baissé, je ne mange plus d’œufs mais il m’arrive encore de consommer un peu de fromage. J’ai aussi énormément diminué ma consommation de viande. Si à terme je souhaiterai être vegan, je ne m’en sens pas encore capable et ce serait actuellement encore un peu risqué pour mon équilibre.  J’ai aussi appris à prendre du recul sur ce qu’on veut nous faire croire comme étant bon pour la santé. Vraiment, 3 produits laitiers par jour, pour des adultes ? Vraiment, s’hydrater le visage avec de la pétrochimie ? De même, je ne suis pas une anti-gluten radicale, par exemple, je m’interroge juste sur le croisement intensif du blé, sur sa sélection et sa surconsommation. Il s’agit de rester mesuré, de s’interroger sur ce qui objectivement ne peut pas être bon pour nous,  d’écouter son corps et de rester en accord avec son éthique, sans se culpabiliser à l’extrême si ce n’est pas toujours le cas.  J’ai découvert beaucoup de choses et  je suis vraiment ravie d’avoir eu ces quelques soucis sans lesquels je n’en serais, de toute évidence, pas là.