mercredi 2 mars 2016

Intolérante et heuseuse



Hi there

Je fais mon grand retour ici après une longue (très très très longue) absence. Je voulais aujourd'hui vous parler de la façon dont je vis mes intolérances alimentaires, vous montrer qu'on peut vivre ça comme une nouvelle expérience et comme quelque chose de très positif ! 


*

Junkfood et maux de ventre


Un petit point tout d’abord sur ma situation avant la découverte de mes intolérances. Depuis que je suis toute petite, j’ai des difficultés avec les fruits et les légumes. Je ne sais pas trop d’où ça vient, mais c’est comme ça. Pendant très longtemps, je n’en ai mangé quasi aucun, n’en admettant que certains et que sous certaines formes (soupes, compotes, et smoothie, tout ce qui enlève cette horrible texture aux fruits et légumes, par exemple). Malgré de nombreuses tentatives de la part de ma famille et des dames de la cantine, rien n’y faisait. Je me nourrissais donc essentiellement de féculent (majoritairement de pâtes), de viandes et des produits laitiers, avec quelques gâteaux et pâtisseries de temps en temps. En bref, pas ce qu’il y a de plus équilibré au monde. J’ai la chance (ou la malchance, ça dépend des points de vue) comme je l'ai déjà dit, d’être plutôt très mince et de ne pas prendre de poids malgré la malbouffe. Du coup, je ne me suis jamais remise en question. 

Puis sont venus les maux de ventre. Sans en être à me tordre de douleur, cela devenait assez gênant pour qu’on s’en inquiète et que je rencontre plusieurs spécialistes, avec pour seule conclusion « c’est le stress ».  Quelques années plus tard, hasard des pérégrinations familiales, j’ai fait les tests sanguins pour déceler les allergies et intolérances. Quelques jours plus tard est tombé le bilan : intolérance forte aux œufs, au gluten et au lactose. 

 Difficultés et transformation


Il faut savoir que quand on est intolérant, à un certain niveau, le seul moyen de faire baisser l’intolérance et d’en amenuiser les conséquences, c’est de supprimer complétement la substance à laquelle on est intolérant pendant une période assez longue, avant de (doucement) réintroduire. Le début de mon nouveau régime alimentaire a été un peu compliqué. Je devais opérer un changement radical en supprimant ce qui constituait en clair les ¾ de mon alimentation. Je suis donc allée faire un tour au rayon diététique du supermarché le plus proche (c’était juste avant la mise en place des rayons « sans » dans les magasins.) et j’ai essayé de manger la même chose, mais en substituant les produits problématiques (par exemple, des pâtes à la carbonara avec de la crème de soja et des pâtes sans gluten). J’ai été, comme tout le monde, surprise par les prix élevés. La chance que j’ai eu, en revanche, c’est que la plupart des produits sans gluten (les biscuits par exemple) contiennent des œufs, ce qui a limité mes dépenses. J’ai donc continué à manger mal, mais sans gluten, sans lait, et sans œufs. N’ayant pas le temps de cuisiner à cause d’études très prenante, je ne mangeais que rarement des pâtisseries, et souvent c’était ma mère qui les confectionnait (et qui continue, ses cookies sont juste une tuerie.) J’ai tenu comme ça pendant un peu moins de deux ans.  J’ai perdu un ou deux kilos, je les ai repris, bref pour ceux qui s’imaginent que je fais ça en raison de mon poids, ça aurait été un peu foireux comme technique. 

En revanche, les autres effets sur mon corps ont été rapides et surprenant : Plus de maux de ventre, moins d’acné, plus d’énergie, moins de saute d’humeur, et surtout, un sommeil beaucoup plus réparateur. Chose incroyable pour quelqu’un comme moi qui a toujours été plus ou moins insomniaque.  Bref, je ne suis pas médecin mais il me semble difficile que tous ces changements interviennent rapidement et simultanément grâce au hasard ou à un quelconque effet placebo. 

Intolérance(s)


Mais ce qui est le plus difficile à gérer pour ma part, c’est la réaction des gens.  Si ma famille et mes amis proches ont été parfaits (as usual), il n’en a pas toujours été de même avec  mon entourage plus indirect. J’ai dû maintes fois me justifier sur mon régime alimentaire, à cause de plusieurs types de réaction : 

-         * Les remarques sur mon poids. Oui parce que les gens s’imaginent que je fais un régime pour perdre du poids.  Donc je suppose que c’est pareil pour ceux qui font un régime sans sel ou ceux qui sont allergiques aux crustacés hein. Du coup, par facilité, j’ai parfois dit que j’étais allergique. 

-       *Les questions « pièges », de la part de gens qui pensent que gluten = junkfood.  « mais tu vois bien que tu manges du gluten, vu que tu manges des frites ». 

-      *Ceux qui pensent que tu fais ça pour te distinguer, te rendre intéressante, suivre un mode. Ceux là peuvent parfois être les mêmes que les précédents. 

-       *  Les grands protecteurs des traditions « Quooa ? un brownie sans gluten et vegan ? Mais ça n’a plus rien d’un brownie, pourquoi lui donner ce nom ?? » et qui, eux, mangent des produits industriels bourrés de conservateurs.  

Petit message à ces personnes : Si manger autrement n’est pas toujours facile, c’est surtout à cause de vous. Au pire, si vous jugez qu’on se complique trop la vie et qu’on est des pigeons du marketing, si vous refusez de voir le côté éthique ou médical de la chose, libre à vous, mais partager votre opinion n’est pas nécessaire et ne changera finalement pas grand-chose. Les intolérances alimentaires, selon leur importance et les personnes qu’elles touchent, peuvent aboutir à des réactions aussi variées que l’acné, les maux de ventre, la dépression, l’asthme ou encore le cancer des intestins. Mais aussi,  comme vous le constatez, à des débats, plus ou moins stériles. J’ai bien conscience que bien souvent, les gens n’ont pas de mauvaises intentions : Soit ils sont mal informés, soit ils sont heurtés dans leur propre mode de vie, soit ils s’inquiètent réellement. Mais je ne vais pas m’empoisonner parce que vous avez décidé que je suivais juste une mode. 

Ouverture d’esprit et perspectives


Outre les résultats plus que satisfaisants sur ma santé, les intolérances m’ont forcée à me renseigner et à consommer autrement. De blogs en bouquins, de bouquins en blogs, j’ai découvert que le mode de vie vegan (ou du moins végé) est moins inaccessible que je ne le pensais, et surtout plein de perspectives. C’est l’opportunité de découvrir de nouveaux produits, de nouvelles saveurs, de consommer autrement, d’être en accord avec sa santé et surtout avec ses valeurs. Contrairement à ce que l’on peut penser, ces régimes particuliers ne sont pas nécessairement très chers. Oui, les farines adaptées et les aliments de remplacement sont toujours un peu plus cher que les farines de base, mais on n’est pas obligé de les utiliser à tout va. Les produits « sans » et « faux »  sont surtout un bon moyen de transition, pour celui qui, comme moi, doit changer de régime alimentaire du tout au tout assez rapidement. Par exemple, certains nouveaux vegan vont avoir besoin de faux-mage pour réussir à ne pas craquer, comme j’ai parfois besoin d’acheter des pâtes sans gluten. Mais finalement, on apprend surtout à manger autrement, à faire ses propres gâteaux, à trouver ses propres astuces. Alors bien sûr, ça prend un peu plus de temps pour trouver les bonnes textures, les bons équilibres, mais aujourd’hui je n’ai pas l’impression d’être privée de quelque chose et je ressens assez rarement de la frustration face à un aliment. Plus généralement, cela m’a fait me renseigner sur les produits d’entretient, sur les cosmétiques, sur tout un tas de choses simples que l’on peut faire au quotidien avec des produits naturels et souvent multi-usage, pour consommer moins et mieux. 

Alors qu’en est-il de moi aujourd’hui ? Je me suis progressivement mise aux légumineuses, puis aux fruits, puis aux légumes. Si je ne mange toujours pas de tout (j’ai encore du mal avec les légumes vert et tout ce qui est cru, problèmes de synesthésies toujours pas résolus), je progresse dans ce sens petit à petit, en camouflant un peu les aliments comme on le ferait avec un bébé. Je ne mange quasiment plus de gluten, bien que mon seuil de tolérance aie bien baissé, je ne mange plus d’œufs mais il m’arrive encore de consommer un peu de fromage. J’ai aussi énormément diminué ma consommation de viande. Si à terme je souhaiterai être vegan, je ne m’en sens pas encore capable et ce serait actuellement encore un peu risqué pour mon équilibre.  J’ai aussi appris à prendre du recul sur ce qu’on veut nous faire croire comme étant bon pour la santé. Vraiment, 3 produits laitiers par jour, pour des adultes ? Vraiment, s’hydrater le visage avec de la pétrochimie ? De même, je ne suis pas une anti-gluten radicale, par exemple, je m’interroge juste sur le croisement intensif du blé, sur sa sélection et sa surconsommation. Il s’agit de rester mesuré, de s’interroger sur ce qui objectivement ne peut pas être bon pour nous,  d’écouter son corps et de rester en accord avec son éthique, sans se culpabiliser à l’extrême si ce n’est pas toujours le cas.  J’ai découvert beaucoup de choses et  je suis vraiment ravie d’avoir eu ces quelques soucis sans lesquels je n’en serais, de toute évidence, pas là.